Attitudes

Chacun n'attend que du nouveau, 
du rapide
Une fois

Quel temps heureux où il était une fois
Il était une histoire pas deux, pas trois
Une comptine qui se racontait le soir
Au pied d’un lit d’enfant, pour l’espoir
Qu’au matin, il sorte serein de la nuit
Et retrouve pensées et cœur réjouis

Quel temps tourmenté, où il est mille fois,
Des millions de clics devenus des « une fois »
D’une histoire racontée, partagée, déformée
Souris en main, toujours sûr de soi, renvoyée
Part, en un clin d’œil, se perd dans un monde
Qui n’en retiendra rien, tellement on l’inonde

Une fois, est devenu trop simple, candide
Chacun n’attend que du nouveau, du rapide
Peu importe le contenu, d’ailleurs il n’y en a plus
Vite oublier, c’est autre chose qui est attendu
Ainsi se masque la vérité, des « autres fois »
Qui redonneraient du sens comme autrefois

Loin d’une nostalgie inspirée de l’enfance
Quelques mots pour retrouver l’importance
De regarder, apprécier en y mettant de soi
Epicé de réflexion, soupoudré à l’émoi
Pour que la parole soit mise en musique
Par « il était une fois des temps uniques »

Sous le tapis

Que de choses cachent cette expression
Des secrets, des peines, des frustrations
De la honte, de sa jeunesse les erreurs
Une blessure de l’âme, une autre de cœur
Une trahison, des jugements précipités
Autant de tristesse enfouie ou réfrénée

Certains y verront une forme de protection
De l’autre, de qu’elle sera son appréciation
De soi, l’image donnée fort peu flatteuse
De la morale ancienne, encore si porteuse
Recevoir en boomerang, le fait sitôt avoué
Ainsi une deuxième fois en être chagriné

A l’inverse, soulevé le tapis est courage
Dire le comment on a tourné la page
Ou demander le pardon pour l’abandon
Sans explication, surtout sans justification
Risquer de se voir, malgré tout, rejeté
Prendre sur soi de comprendre, d’accepter

Sortir la tête du sable, ne pas être autruche
De volonté, se montrer, enlever la capuche
Quelques gestes symboliques et à nouveau
Se regarder dans le miroir, se trouver beau
Reflet d’un bien être de pensée, plus léger
Le tapis bien posé sur un sol dépoussiéré

Oser

Oser sortir, partir
De soi, se départir
Quitter son histoire
Ses vécus, ses espoirs
Pour revenir au départ
Avant qu’il ne soit tard

Plus qu’une autre vie
Être la clé de la partie
Lancer le dé du jeu
Qui donne les enjeux
Selon le nombre tourné
Le chemin ainsi montré

Un nouvel aller, s’orienter
Faire un pas, le premier
Qui emmènera loin
Autrement vers le bien
Aux siens, mieux donner
De cœur, les rencontrer

Ce n’est pas de regret
Que propose ce met
C’est de nouveaux soins
À prodiguer, par besoin
D’opposer au fort labeur
Des plages de bonheurs

Scène de ménage

Une discussion à deux, dans le propos
Le dernier mot a vite un air de dépôt
La fin d’une phrase de celui qui sait
Bien mieux que l’autre, qui se tait
Clore l’entretien est son point final
Qui fait que l’autre s’en ressent banal

Mais ce dernier mot peut aussi embraser
Un différend qui était naissant en premier
Permettre à l’autre de développer, justifier
Par des mots conduisant à un dernier mot
Qui à son tour, apportera de nouveaux échos
Bondissants d’un à l’autre tels de grands sauts

Une fois l’orage passé, le dialogue s’apaise
Le ciel reprend des couleurs qui plaisent
Un petit courant d’air se ravive entre les deux
Ramenant la fraîcheur des instants heureux
Où les phrases se ponctuaient de gestes tendres
De regards fous, sans dernier mot à entendre

D’attention en attention, ce sont les cinq sens
Qui s’éveillent et l’un contre l’autre, l’essence
De ce qui les a réuni, par affinités et amour
Des câlins endiablés, de nuit comme de jour,
N’importe où pourvu que ça plaise à tous deux
Autant de moments volés, précieux, d’amoureux

En contrôle

Être sans relâche sous contrôle
Tourné vers le Nord, son pôle
C’est ancré dans tout son être
La dignité de son paraître
Dans une profession à contacts
Au quotidien et sans entre-acte

Côté pile, ce fil conducteur
De prudence était l’indicateur
De sa voie vers l’assurance
Du respect d’autrui, en l’occurrence
Et de soi, dans un environnement
Même, si festif selon les évènements

Côté face, pas de place démesurée
Pour de soudaines embardées
Faits, gestes ou propos déplacés
Des moments de détente, bien sûr
Enfants, famille, sport et nature
Entre amis, des instants qui rassurent

À l’ombre de la médaille, en surprise
L’idée de lâcher un peu la prise
De laisser s’exprimer les émotions
Qu’elles soient tendresse ou passion
Il les recherche à travers la musique
En se joignant aux sons mélodiques

Le ptit caillou

Marcher et chemin faisant
S’émerveiller du beau temps
En une fraîche journée d’hiver
Partagée entre le blanc et le vert
Entre montagnes et campagne
Tout en devisant avec sa compagne

Le soleil, au plus bas à l’horizon
Projette grand les ombres des maisons
Tout en laissant, en ce même instant
Les hauts sommets encore luminescents
 Soudain, au hasard d’un pas bien posé
Un caillou, dans une chaussure a sauté

Bien que p’tit, il se fit remarquer lestement
Possédant la faculté d’être vite énervant
Il oblige d’abord, de bouger, mailler le pied
Pour tenter de le faire rouler dans le soulier
Quitter ce coin de talon, à chaque pas piqué
Dans l’espoir, avant que ce ne soit trop dur
De pouvoir échapper à l’enlever de chaussure

Au hasard d’un mouvement prononcé de genoux
L’intru sous le pied, migre du talon à son bout
S’y love le temps des « gauche-droite » restants
Jusqu’au retour, heureusement un court instant
Mais par le p’tit caillou, à nouveau dérangé
Vite se déchausser, oublier le désagrément
Et, de la balade, ne garder que le charmant

Vite vite et après

Le temps passe bien trop vite
De lui, on en fait la poursuite
Il se mesure en clics de souris
Incidences immédiates en série
À une vitesse hors du temps
Battements de cœur, pourtant

Ainsi chacun, en bon apôtre
Va d’un aller matinal à l’autre,
D’un labeur à la salle de sport
De la crèche du petit trésor
Aux achats pour le quotidien
À un retour fatigué, oh ! combien

Ce ne sont là que quelques faits
Auxquels il faut ajouter, vite fait
Les loisirs, les vacances hiver/été
Les soucis du jonglage financier
Le besoin de formation continue
La vie à deux, promesses tenues

C’est ainsi que les jours s’égrainent
Laissant sur le côté les petites peines
Passant sur les essentiels masqués
Les enrichissements non friqués
Obligeant de conjuguer au présent
Et que même le temps n’a plus le temps

Miroir

Sortir du miroir, ne plus se regarder
Voir les alentours, s’y balader, écouter
Entrer dans le propos, l’action du présent
En percevoir les pourquoi, les comment
Composer avec un différent et le réparer
C’est comprendre, pousser la porte, entrer

Sortir du miroir, ne plus se regarder
C’est rencontrer l’autre, partager
Avec lui des savoirs, des horizons
Souvent issus de nos éducations
De nos régions et leurs différences
Ces ouvertures ont de l’importance

Sortir du miroir, ne plus se regarder
S’assoir en face à face et de soi, donner
À l’autre, ni ennemi, ni encore ami
Chemin faisant, par l’écoute promis
Lever le rideau des bienfaits de l’entente
Auxquels cœur et plaisir s’apparentent

Sortir du miroir, ne plus se regarder
Aller vers des parts de curiosité
De nouveautés, se donner du piquant
Ajouter aux instants du charmant
De la nature, en traverser les espaces
Il en sera fini de se voir dans la glace

Coq

Être roi de la bassecour, entouré de sujettes
Picorer des graines et miettes à journée faite
Chanter très tôt pour réveiller le poulailler
Il est du matin, le bougre, il doit s’égailler
Offrir à ses copines les fruits de ses charmes
Et montrer que c’est lui qui tient les armes

Il a pour complice la compagne du fermier
Qui retire les œufs de ses dames ailées
Ayant pour un instant délaissé leurs perchoirs
Les œufs, elle veille de ne pas les laisser choir
Le coq en observe la scène, regard en coin
Et se réjouissant, le coquin, d’être à demain

Au royaume des animaux à plumes et ailés
Le phénomène #MeToo n’est pas d’actualité
Ce qui laisse à notre phœnix tout le loisir
De donner à ses cocottes, un bref plaisir
De chanter fort pour faire savoir alentour
Qu’une partie de pattes en l’air vaut l’détour

Dans le monde des hommes et des femmes
Notre bassecour, même si le mot détonne
Il en est heureusement tout autrement
Quoique, certains régimes ou gouvernements
Font foi des règles qui régissent le patriarcat
Jusqu’à chanter que les autres n’ont pas de foi

Scène

Au grand théâtre, sur la scène duquel
Chacun joue sa partition la plus belle
Pour assurer son succès, son aura,
Tout faire pour que de lui, l’on parlera
Cinéma, théâtre, livres, racontent la vie,
Nous, nous la créons au gré des envies

Les envies ne sont pas là, objets convoités
Elles sont d’être apprécié, même honoré,
Récompensé, qui par des applaudissements,
Qui par reconnaissance ou des remerciements
Savoir que l’on plait, nous donne confiance,
Nous rassure, nous guide vers l’espérance

Espoir, mot magique qui ouvre les portes
D’un possible, de projets qui nous emportent
Un saut dans le futur pour passer le présent
Qui peut ne pas être toujours, d’agréments
Acteur de notre histoire, après en avoir imaginé
Le déroulé, nous la jouons jusqu’à la signer

La signature, se mire avec la personnalité
De chacun, son lieu de vie, son acuité
Son métier aussi, qu’il a pratiqué longtemps
Proche de lui, celle de ses beaux moments
Ils ont construit leur nid avec fenêtre ouverte
Sur des horizons prometteurs de découvertes

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