Vie

Dans un cirque faisant nos numéros d'artistes
Funambule

À hauteur, sous le chapiteau, le funambule
S’apprête à s’élancer, il est dans sa bulle
Musique, tambour, il met un pied sur le fil
Puis le deuxième juste devant, il se faufile
Au milieu du parcours, il fait mine de s’arrêter
Mime une danse et repart jusqu’à l’autre côté

Ne sommes-nous pas aussi des équilibristes
Dans un cirque, faisant nos numéros d’artistes
Dès le premier pas et cheminant jusqu’au final
Balancier en mains, car avancer n’est pas banal
Plus encore, être acrobate sous les projecteurs
Soucieux de réussir le spectacle est une gageure

Alors on s’y attelle, on apprend, on s’applique
On s’exerce, répète pour être prêt en public
À la générale, c’est le trac qui nous submerge
Au fur et mesure des productions, on gamberge
Apporter du piquant, du suspens, de l’amusant
Rendre le jeu de piste toujours plus charmant

Garder l’équilibre sur le fil des ans est un art
Que l’on reconnaît peu, une discipline à part
Vue comme un fait à l’air facile, qui va de soi
Comme il est dommage que ça n’se voie pas
Car sur la ligne, si notre funambule dansait
C’est qu’il y a croisé l’amour auquel il rêvait

Anniversaire

En ce 1er août, c’est l’anniversaire
De la Suisse, enfin de ses trois pères
Et d’un enfant. Lequel est le hasard
De l’autre ? En conjectures on s’égard
On invoque le droit à l’ainé des deux
Ou, on s’en remet aux faits des dieux

Pour la fête, il y aura des visites
Coutume sacrée dont on se félicite
En famille autour d’une table garnie
Toute en joie et tendresse infinie
On se parlera de tout, de rien, mais
Encore d’âges et de souvenirs à jamais

Champagne, fin repas, dessert et gâteau
Bougies à souffler et que le geste soit beau
L’instant cadeau, des sourires, des mercis
Et pour réponse, le « ce n’est rien mon chéri »
À ce moment, l’autre anniversaire est effacé
Des mémoires, ce pacte à 3, autrefois signé

La nuit est tombée, des éclats de lumière
En multiples couleurs, soudain éclairent
Les feux d’artifice de l’autre fête, celle
Qui se rappelle à nos pensées infidèles
Nous replaçant ainsi dans les paysages
D’un pays aux mœurs et coutumes sages

Bonne décision

Et si la décision à prendre
Était de ne pas en prendre
Cette fausse bonne idée
Du début de chaque année
Se donner bonne raison
Sans savoir la garder

Alors dans un vrai désordre
Du diable suivons les ordres
Buvons, fumons, jouissons
Dans le péché, vivons
Abusons de la bonne chair
Autour de la table, se plaire

Que chaque jour soit spectacle
Chants, rires, danses, les oracles
Jeux et loisirs pour l’essentiel
Accompagnés des joies éternelles
De plaisirs sans cesse renouvelés
Comme si c’était toujours l’été

N’est-ce pas la bonne décision
Que garder, nous le saurons
Au milieu des tracas du monde
Où les tristes nouvelles abondent
Laissons-nous, dans le ton,
Aller dans une autre direction

Crise

40 ans, c’est entrer dans l’été de sa vie
Se questionner sur ce milieu, ses envies
Cet âge est un col, de l’autre côté ça descend
C’est une bascule qui invite au mouvement
Alors on se dépêche de vivre une émotion
Pour se prouver que l’on franchit bien le pont

Cette quarantaine est souvent synonyme de partir
De quitter le foyer familial en pensant s’épanouir
De la rencontre de l’autre, d’un lieu nouveau
Qui, sur le moment, semble bien plus beau
D’un cercle d’amis, d’une famille à découvrir
Des amours naissantes à vivre et faire grandir

Bien sûr, les années d’avant sont encore là
Mais cette fois, avec vicissitudes et tracas
Les enfants à partager, les parents à rassurer
Plus terre à terre, l’équilibre financier à trouver
Autant de chemins, de cailloux dans la chaussure
Qui appellent et obligent à garder de la mesure

Le temps est comme un livre, de chapitre en récit
Les pages se tournent. Chacun se retrouve et écrit
Son aventure, raconte les sentiers qui lui ont montré
D’autres lieux, d’autres cols, guidé vers un nouvel été
Irradié de la chaleur de riches et belles personnes
Avec qui il est bon d’être, qu’il affectionne

Partage

Grandir, d’abord par les mots
Des phrases, mais pas trop
Puis viennent des histoires
Racontées qui laissent percevoir
Combien l’enfant s’épanouit
Et que vite, il entre dans la vie

Grandir avec les autres, c’est
Partager des jeux, ses jouets
La tendresse de ses parents
Donnée aux autres enfants
Ainé, cadette de la fratrie
Et aux autres de la famille

Puis vient l’indépendance
Où, entrent dans la dance
Le partage des biens et objets
Peut-être espérés par intérêt
De l’un ou l’autre de la coterie
Qui devra s’écarter de son envie

Ce faisant, entré dans le partage
Lui offrira d’inscrire dans sa page
Des souvenirs, de bons moments
D’entente, de plaisir et charmants
Qu’en retour, les autres, avant craints,
En deviendront des alliés sans fin

Chagrin

Même si le froid fait frémir
C’est un jour qui invite à partir
En montagne, pour le plaisir
Des sommets, la vue à l’infini
Dévaler les pentes à ski
Jusqu’à la fin de l’après-midi

Pris dans la griserie du moment
Sans se douter du comment
En un éclair, le blanc vire au noir
Et fera entrer dans le désespoir
Tous ceux, aimants et proches
Qui sauront que le skieur décroche

Le rêve cède place au cauchemar
Un sort que l’on peine à croire
Mais qui poursuit son chemin
Pour amener, au fort chagrin
Le vivre, en parler, annoncer
Comment tout ça est arrivé

Puis c’est l’adieu qui réunit
L’être aimé, famille et amis
Gens du travail, gens des loisirs
En un temps, déjà du souvenir
Où les émotions et le chagrin
Nous obligent à lire le mot fin

Game Over

Novembre gris, ciel d’automne
Vents à l’ambiance bretonne
Les arbres courbent l’échine
Vagues, embruns et pluie fine
Se mélangent, éclaboussant
Les passants imprudents

De l’autre côté de la fenêtre
Dans la chambre, un être
Est à la peine, presque endormi
Sait qu’il est au bord de l’infini
Poussé par une dame en noir
Qui lance, force le désespoir

Inexorablement, elle se rapproche
De toute sa volonté, il s’accroche
Tant, qu’il finit par lâcher prise
Laisse à la douleur, son emprise
Simplement plus, c’est trop de peine
Alors partir, aidé de ceux qui l’aiment

Une fois encore, la dame en noir
S’est trompée dans cette histoire
Tout s’est déroulé trop tôt, trop vite
Enlevé un être cher, lui rendre visite
En un temps harmonieux d’une famille
Était le jeu d’une bien mauvaise partie

Les 5 sens

La vue
Regarder au loin le paysage, les montagnes
Se retourner, scruter l’horizon, la campagne
Admirer les découpes, les camaïeux de vert
Lever la tête, compter les étoiles, à découvert

L’ouïe
Ecouter la forêt, le chant des vents dans les arbres
Les hululements de la chouette dans les ténèbres
Ou à l’inverse, la vie trépidante de la grande ville,
Le jour et ses silences la nuit, quand tout est tranquille

L’odorat
Le matin par l’odeur du café, il est bon de se réveiller
Après sa toilette, s’habiller, ses baskets, chausser
Quitter les senteurs du nid, respirer celles du dehors
La nature aux premières heures, moment du sport

Le goût
Porter la fourchette à ses lèvres, pour l’impression,
Laisser pleinement fondre en bouche, pour l’émotion
Qu’il soit végétal, animal, gourmand ou fruité, il éveille
Nos papilles, il est un voyage en rêve, une merveille

Le toucher
Apprécier les matières qui composent un objet convoité
Son naturel brut ou sa douceur si avec soin, il a été affiné
Plus intime, de sa main suivre les courbes de son aimée
Et parcourir avec elle les sensations et bonheurs désirés

Retour à l’onglet « poèmes« 
pour aller vers d’autres poèmes